Lumière bleue
Je devrais me lever tôt plus souvent, ouvrir la fenêtre sur le jour qui pointe, les étoiles s'éteignent une à une, la pluie de la nuit rend l'atmosphère transparent et le temps semble immobile, quelques nuages de traîne rosés s'effilochent dans l'azur, la fraîcheur pour un mois d'août est inhabituelle, les oiseaux les premiers prennent possession de la nature. Dans ce silence, troublé par le bruit des camions de livraison, les mouettes glissent sur l'eau miroir des salines qui se reflète dans le ciel, une pie au ventre rebondi répond au croak lugubre du corbeau, les oiseaux chantent en coeur pour fêter un nouveau jour.
Hier soir, la chatte a déposé un oisillon sur le lit, offert comme un trophée, son petit corps meurtri n'a pas résisté à ses coups de griffes et morsures, le monde des animaux est moins cruel que le nôtre puisque eux ne connaissent pas le mal, mais agissent par instinct.
Tu as voulu aller sur la plage où nous allions quand vous étiez plus jeunes, il faut longer la route côtière éviter les ornières, juste avant le parking au bout de la route cahotante on entendait gronder l'océan, les ruines d'anciens blockhaus derniers vestiges de batailles meurtrières ne sont plus accessibles, trop dangereuses pour le quidam curieux qui pourrait s'aventurer dans ses entrailles.
La dune couverte d'ajoncs se dressait au dessus de l'océan, aucun rempart de béton pour la protéger des coups de boutoirs des vagues lors des grandes marées, la plage avait changé, l'eau avait dessiné des volutes de sable au fond sur la dune, le vent soufflait en rafales, nous avons marché côte à côte là où les vagues s'étalent en s'enroulant autour des chevilles, nos pas s'effaçaient au fur et à mesure que nous avancions, contrairement à ces moments que nous passons tous les deux qui resteront à jamais gravés dans nos souvenirs, prends le comme un cadeau de la vie, ils resteront chers à nos coeurs. Les kitesurfeurs glissaient sur la crête des vagues, leurs voiles s'envolant comme de gros papillons colorés dans le ciel étincelant. Nous sommes rentrés sous le piaillement joyeux des mouettes qui tournoyaient autour de nous, ivres de vent avec l'odeur pénétrante du varech sur la peau.
Ce week-end, nos amis de la maison d'à côté se marient après plus de vingt ans de vie commune et deux grands enfants, le futur marié est venu à Pâques publier les bans, il a annoncé à sa promise qu'ils se mariaient quinze jours avant, joli clin d'oeil à tous ces jeunes couples qui se désagrègent au moindre conflit. Tchin !