les ailes fracassées

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Faux pas

Qu'ils étaient doux ces derniers mois passés, dans le bleu ouaté des jours paisibles, mais la bête était là tapie dans l'ombre, comme une hyène guettant, prête à sauter avec sa figure hideuse sur sa proie.

Tu faisais des projets, le jour de Noël nous nous sommes retrouvés  en famille dans cette Brasserie où tu espères travailler lorsque ton statut de travailleur handicapé sera reconnu, tu avais apprécié l'ambiance qui y régnait me disant, en sortant, j'ai vraiment hâte d'y revenir comme employé.

Nous ne nous sommes pas méfiés, pourtant quelques signes auraient dû nous alerter, ta tenue vestimentaire pour commencer, puis ta coiffure hirsute, ton frère était là pour la semaine et nous pensions à autre chose.

Le lendemain de Noël, ta voix pâteuse au téléphone nous a alerté, tu étais chez toi et je t'ai conseillé de te reposer, un doute subsistait en  moi mais tu avais promis de nous rejoindre le soir pour le dîner, nous étions occupés de notre côté.

A ton arrivée, ta démarche chancelante a allumé en nous une colère enfouie au plus profond de nous, tu répandais sur ton visage les traces de tes doigts noircis, les yeux fixes rougis, perdus dans le vague, nous avions compris.

Sept mois se sont écoulés sans incident de parcours, nous te faisions confiance, nous ne voulions plus interférer dans ta vie en ce qui concerne tes soins, laissant les professionnels agir, mais tes démons veillaient, plus sournois que jamais.

Je n'ai pas écrit tout de suite, ton frère est reparti, tu as demandé pardon, promettant de ne plus recommencer,  l'angoisse est revenue, palpable, mais nous prenons un peu plus de recul.Ton comportement aliène ta liberté, la drogue t'enferme encore plus profondément dans la solitude, tu ne nous entraîneras pas dans ta chute, plus maintenant, tu le sais, il y va de notre propre survie, alors réfléchis, tes menaces ne serviront à rien et te mentir à toi même ne pourra que précipiter ta descente aux enfers. 

 

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Par lesailesfracassees
Le 5 janvier, 2010
A 0:26
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Vapeurs morphiniques

Juste un petit mot pour dire que je suis rentrée, très fatiguée, mon corps est comme une plaie vivante, la pose de l'autre prothèse d'épaule a dû occasionner une poussée de la maladie, je reviendrai plus tard pour expliquer justement cette maladie qui détruit les cartilages un à un, tu m'as demandé de faire attention à mes gestes, promis je serai sage, pour l'instant nos rôles sont inversés, les opaciés sont devenus mes compagnons d'aventure, mais ils me sont nécessaires pour atténuer la douleur, sans doute aussi pour être en symbiose avec toi !

Merci à tous qui venez nombreux prendre de mes nouvelles, des bouffées d'émotion me submergent, preuve que mon coeur bat encore.

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Par lesailesfracassees
Le 10 novembre, 2009
A 23:39
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Psycho-éducation

Depuis ta dernière hospitalisation en Mai dernier où tu t'étais retrouvé dans un autre service par le découpage différent de secteurs, on t'a proposé de faire partie d'un groupe choisi en fonction d'un thème commun, celui-ci étant la musique, il permet la réinsertion des personnes en s'appuyant sur le rapport au groupe tout en  favorisant la socialisation. De plus ces ateliers sont l'occasion d échanges et de rencontres qui rompent ainsi avec ton emploi du temps monotone et t'offrent une ouverture vers l'extérieur, évitant de te retrouver seul face à toi même.

Je venais te chercher tous les matins devant chez toi pour te conduire à l'hôpital, car au début tu avais peur de ne pas te réveiller à temps pour être à l'heure, je te téléphonais juste avant pour te dire que j'arrivais, ces matins printaniers étaient déjà porteurs d'espoir, nous bavardions gaiement, prenant quelquefois des chemins différents pour rendre le parcours moins monotone, parfois, je revenais te chercher dans l'après midi pour m'aider à faire les courses. Occuper ton temps par ces activités choisies par toi te plaçait à nouveau dans un monde structuré qui  remettaient à l'heure  ton horloge biologique, si important pour toi, tu étais tellement desynchronisé jusqu'à maintenant, tes troubles du sommeil parlaient pour toi.

Depuis les vacances tu as préféré prendre un peu d'autonomie, tu y vas seul, je pense que tu es heureux de retrouver ce groupe, t'ouvrir aux autres surtout, te rassurer quant à tes possibilités de réinsertion, la bi-polarité est une maladie reconnue comme handicap, tu attends justement d'être reconnu comme travailleur handicapé pour rechercher un emploi, tu en as le désir et ton cursus professionnel te permet justement de trouver facilement un travail dans  la restauration. Quel chemin parcouru en si peu de temps pour toi, tu avances dans la bonne direction, je sais que ce n'est pas facile tous les jours, mais je l'écrivais déjà au départ, toi seul par ta seule volonté pourra t'en sortir,  prendre ton indépendance, te faire confiance, nous pourrons alors te lâcher la main un peu plus facilement.

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Par lesailesfracassees
Le 27 octobre, 2009
A 2:44
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Du virtuel au réel

Depuis quelques mois nous avions projeté avec François de nous rencontrer,  au fil des jours nous avions tissé des liens invisibles et je sentais à travers ses lignes sa sollicitude se transformait en compassion, même si ce n'était que des mots couchés sur l'écran, ils reflétaient tellement de chaleur que j'en étais bouleversée, comment un inconnu pour moi quelques mois auparavant pouvait me toucher à ce point, chaque soir sur son site je trouvais dans ses écrits une résonance en moi, j'aurai pu écrire les mêmes phrases, je partageais ses emballements, ses  irritations, et puis j'ai été le témoin de ses premiers balbutiements amoureux avec Arnaud, une histoire assez rare pour être commentée et que je suis  aujourd'hui avec tendresse.  

Et puis Agnès, qui avait commencé son blog presque au même moment que moi, au départ je ne l'avais pas reconnue, mais j'ai été happée par son style, une façon talentueuse de raconter sa vie, une vie qui au fur et à mesure sortait de l'ordinaire et qui la faisait passer pour une héroïne de roman. Dernièrement son blog a été fermé dans l'urgence pour qu'elle se protège après des évènements tragiques qui auraient pu la laisser à terre, j'aurai tant aimé que cette histoire se termine comme un conte de fée, quel petit soldat courageux qui lutte dans ce monde si difficile, elle remet à sa place mes difficultés avec Julien et me donne une leçon magistrale dans la façon de se tenir la tête haute.

Nous avions donc rendez-vous chez Agnès ce week-end, ton frère m'avait proposé de m'accompagner pour que je ne me perde pas dans le dédale des arrondissements de Paris que je ne connaissais pas trop, je lui avais un peu expliqué l'histoire de chacun pour qu'il n'arrive pas en terre inconnue, et le samedi midi, la petite amie de ton frère a voulu nous accompagner et ton père se retrouvant tout seul nous a demandé s'il pouvait nous accompagner, et nous nous sommes retrouvés à six personnes au rendez-vous pour le café !!! 

Nous sommes tombés dans les bras des uns et des autres, l'écran avait disparu, même pas étonnés de nous retrouver là, comme si nous nous retrouvions après une très longue absence. Merci d'avoir été là tous les trois nous nous sommes promis de nous revoir très vite, nous avons parlé un peu de toi, peut être qu'au prochain rendez-vous tu  nous accompagneras, je ne veux pas forcer les choses, tu le feras si tu le sens, ta décision t'appartient.

 

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Par lesailesfracassees
Le 13 octobre, 2009
A 1:15
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L’été en pente douce

Tu m'as dit, tu n'écris plus, je n'ai pas vu le temps passer, ton frère me disait à quoi bon ce blog, mais  la valse des mots  tournoyaient les nuits où les yeux grands ouverts tout me ramenait à toi, les beaux jours sont venus, tu avais projeté d'aller en Tchécoslovaquie, là où la jeunesse européenne se retrouve dans un grand rassemblement festif de musique, tu y étais allé deux ou trois fois, avec ta propre voiture, ou avec des amis avec qui vous partagiez les frais, tu revenais sans portable ou avec quelques vêtements perdus ou volés, rien de bien grave, puisque tu revenais toujours vivant. Mais cette année, les influences des médicaments et ton état psychologique ne te permettaient pas de t'assumer, surtout en sachant que ton ami  après le festival te laissait à Prague pendant qu'il continuait vers la Hongrie et la Slovaquie. Une amie commune à qui j'en avais parlé m'avait fait part de sa crainte de te savoir seul à l'étranger, sans moyen de transport, et surtout avec ton traitement que tu aurais pu égarer, sachant que tu devais le prendre à heure fixe et avoir une vie pas trop mouvementée, ce qui n'aurait pas été le cas, le voyage a été annulé, à notre grand soulagement.

Alors tu es venu avec nous, un peu à reculons, les jours gris de Juillet entamaient ton energie, tu passais  plus de temps à dormir rendant tes journées courtes, la nuit tes démons se réveillaient, alors pour remplir le vide qui était en toi, tu mangeais, tu te remplissais, la tête dans le frigidaire, insasiable. La peur  alors s'emparait de moi, je ne pouvais rien faire, la nuit l'angoisse est palpable, tout s'emplifie, je n'entrevoyais pas le bout de ton tunnel.

Et puis les amis sont passés, ta soeur, ton frère ont éclairés tes journées, tu étais beaucoup plus entreprenant, te conformais aux horaires de tous, les beaux jours aidant tu parlais de retravailler, les doigts te démangeaient, tu préparais les repas avec enthousiasme, mais je sentais bien cette  irritation à fleur de peau, il suffisait d'un mot de travers pour que au quart de tour tu sois agacé, impatient, je ne te reconnaissais plus.

Ta guitare comme pétrifiée dans son coin attendait, tu as bien essayé quelques accords, mais la récente réparation vasculo-nerveuse de ton bras a laissé quelques séquelles, il te faudra attendre pour que tout revienne à la normale, cet accident t'a vraiment permis de prendre conscience que ton comportement pouvait avoir de graves conséquences.

Nous avons pris de la distance depuis cet été, te laissant un peu plus d'autonomie, après cette année compliquée où nous avons vécu tous en autarcie, nos trajectoires s'écartent un peu pour qu'un semblant de liberté s'instaure entre nous, nous en avons besoin tous, tu le sais.

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Par lesailesfracassees
Le 7 octobre, 2009
A 22:50
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Observation

Je profite de ma période de contemplation pour réfléchir à tout ce qui s'est passé depuis mon dernier post, je suis passée de la colère à la résignation,  j'ai cherché du réconfort auprès des instances spécialisées, l'un de tes psychiatres me répond que ton avenir est incertain tant que tu continueras à consommer des drogues de façon épisodique en plus de ton traitement, j'ai aussi joint un soir “drogues info-service” pour raconter ton histoire, savoir s'il n'existait pas un centre où t'envoyer pour te soustraire à ton environnement nocif, la réponse a été la même, si tu ne décides pas toi-même de rompre avec ces addictions qui te tuent et nous tuent à petit feu, tu n'avanceras pas d'un pouce, pour l'instant, nous sommes tous là à te regarder végéter. Quelle tristesse ! Tu peux comprendre maintenant que nous devons penser à nous pour nous éviter de sombrer avec toi.

Une petite lumière en moi vacille mais ne s'éteint pas,  je puise de toute mes forces dans cette énergie qui m'entoure faite de petits moments  de joie,  lumineux malgré tout, comment te guider dans ce chemin rocailleux si tu traînes des pieds, nous sommes si nombreux à te tendre la main, regarde autour de toi, tu n'es pas seul, comment te faire comprendre que la vie que tu mènes n'est pas une vie, ne te réfugie pas dans la maladie, nous ne pouvons pas nous mettre à ta place même si nous comprenons ta souffrance.

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Par lesailesfracassees
Le 26 mai, 2009
A 23:26
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Un an

Un an d'espoir, de doute, de lutte, de renoncement, de rêves enfuis puis retrouvés, sans te lâcher du regard afin de scruter le moindre changement dans ton attitude ; un an d'oubli de soi pour essayer de te sortir de ce gouffre où tu es tombé. La maladie, les addictions à ces substances qui de jour en jour te prennent en otage,  ton combat pour apprivoiser ta maladie,  fait resurgir les problèmes plus profonds qui se cachent derrière, et nous essayons de comprendre ensemble encore et encore !

Avec le nouveau découpage par zône d'habitation tu as été hospitalisé dans un autre service, plus spacieux, la salle à manger ouverte sur un patio où poussent différentes plantes, donne au confinement un semblant de liberté, c'est là où je te retrouve lors des visites, beaucoup de femmes d'un âge incertain déambulent autour des tables, une patiente chante des airs d'opéra dès son réveil, et se prend pour la Callas ! tu sais que tu ne resteras pas longtemps et tu  regardes ce monde d'un oeil amusé, tu essayes de reconstituer le puzzle, mais il manque encore des pièces.

Tu nous as avoué que ce soir là tu as mélangé ton traitement avec de la kétamine que tu avais achetée dans la rue, mélange détonnant qui a failli te rendre tes ailes, mais pour un envol tragique. Nous nous en doutions, nous avions déjà appelé les pompiers la semaine précédente pour tes propos hallucinants que tu tenais dans la chambre de ton frère, tu avais voulu aller te reposer et tu étais tombé entre le lit et le chevet, te fracturant la main, tu disais que tu étais devenu somnambule ! Le psychiatre aux urgences voulait te ré-hospitaliser, mais devant ton discours clair quelques heures après, il t'a autorisé à revenir à la maison, sous notre surveillance,  les services d'urgence étant débordés, il n'y a pas eu de recherche de toxiques dans le sang, si nous avions sû !

Un nouveau médecin psychiatre s'occupe désormais de toi, tu as l'air d'apprécier les échanges avec elle, tu vas chercher tes médicaments deux fois par semaine et une infirmière te remet un pilulier afin  que tu n'aies pas un stock conséquent chez toi pour éviter les surdosages.  

Tu rentres désormais chez toi tous les soirs après dîner. Je te regarde partir par la fenêtre, le chien sur les talons qui trottine joyeusement,  ses yeux levés vers toi pour une dernière balade, et je me pose la question, qui des deux va garder l'autre ?  

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Par lesailesfracassees
Le 8 mai, 2009
A 0:48
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Retour aux sources

Nous sommes partis quelques jours, là où le ciel rejoint la mer et se pose en miroir sur l'océan avec des teintes nacrées, comme aux portes du monde où le regard se perd dans le lointain, ce paysage que j'aime, que j'ai précieusement gardé en moi comme des pierres précieuses dans un écrin. J'ai couru vers la dune, pressée de gravir son sommet pour me précipiter vers la plage qui me tendait les bras, paysage connu et tant aimé où nous passions nos après-midi d'été avec ton petit frère ; au fil du temps les jeux de glisse avaient remplacé les jeux de sable, je pensais à ce moment que ce bonheur là durerait toujours, avec les rires emportés par le vent d'été qui emmêlait nos cheveux éclaircis par le soleil. Ces instants magiques inscrits dans nos souvenirs, écrits aussi sur l'ardoise du temps,  me revenaient à la mémoire, douceur de ces saisons chaudes où tout semblait possible et où l'avenir apparaissait sans nuage, comment imaginer alors que mes enfants allaient me faire pleurer ! 

Je me suis assise, dos à la dune pour contempler l'océan, l'air était frais et l'heure tardive avait chassé les derniers promeneurs, seul un cavalier au loin longeait la plage sous les sabots nonchalants de son cheval, les vagues ondulaient et s'imprégnaient des transparences du soleil couchant, sous les nuages pareils à des rubans soyeux, comme un sentiment d'éternité qui échappe au temps, loin de toutes pensées parasites qui encombraient mon esprit.

C'est toi qui nous a demandé de partir sachant que nous serions moins anxieux à te savoir en sécurité à l'hôpital. Ton bras a été suturé de même que les tendons et nerfs sectionnés, tu ne perdras pas la sensibilité de tes doigts, il en a fallu de peu pour que tu ne retrouves plus une mobilité parfaite de ta main, mais tu pourras rejouer de la guitare et du piano lorsque la cicatrisation sera complète, tu l'as encore échappé belle. Dans ta chute, la vitre de la porte t'avait aussi provoqué une perte de substance sur un doigt de la main droite, une couverture antibiotique a été nécessaire car la plaie s'était infectée.

Nous avons retrouvé ce soir là une ordonnance de Benzodiazépines prescrite par ton nouveau médecin traitant, Papa lui avait pourtant téléphoné quelques jours avant pour le mettre en garde contre ton addiction justement à ces produits. Comment est-ce possible ? Tu sais si bien mentir pour arriver à tes fins. Il nous faudra un peu de temps pour que ces images s'effacent peu à peu de notre mémoire.  

 

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Par lesailesfracassees
Le 27 avril, 2009
A 2:11
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Plus jamais ça

Je ne dors pas, je ne sais pas si je vais réussir à raconter la soirée de cauchemar que nous venons de passer. Nous rentrons de chez toi où nous sommes arrivés précipitamment à l'heure du dîner. Nous avions pourtant passé l'après-midi ensemble à faire des courses, comme souvent depuis ta sortie de l'hôpital, je t'ai déposé en fin d'après midi devant le cabinet de ton médecin traitant, juste derrière chez nous et tu m'as souhaité une bonne soirée car tu préférais dîner chez toi pour te coucher plus tôt. Je ne me suis pas méfiée !

Tu m'as téléphoné trois fois, en racontant n'importe quoi, impossible de te poser des questions et avoir une réponse claire, les mots qui sortaient de ta bouche ressemblaient plus à un gargouillis qu'à un langage articulé, tu nous avais hélas déjà tant habitué à ce tableau dramatique, avec Papa nous avons décidé d'aller voir ce qu'il se passait chez toi. 

Tu n'as pas répondu à la sonnette, heureusement nous avions les clés et lorsque nous avons ouvert la porte, des traces de sang maculaient les murs et le parquet, des débris de verre jonchaient le sol,  et toi tu tournais comme un lion en cage le regard halluciné. Je me suis précipité vers toi, sur ton bras une profonde entaille béante d'où s'échappait encore le sang. Tu étais passé à travers la porte vitrée du salon.

Les pompiers sont arrivés avec le Samu, ils t'ont emmené aux urgences. Nous ne les avons pas suivi, tu étais à nouveau en sécurité. Il ne nous restait plus qu'à nettoyer derrière toi.

Tu seras opéré de ta plaie en début de matinée, tu n'étais pas à jeun pour pratiquer l'intervention tout de suite, mais l'urgence n'était pas vitale.

Nous sommes assommés, nous n'avons plus de mots. Après ton passage au bloc tu seras sûrement transféré à nouveau en psychiatrie. L'espoir s'amenuise au fur et à mesure que le temps passe.

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Par lesailesfracassees
Le 7 avril, 2009
A 3:52
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Silence

Quelque fois le silence semble plus éloquent que les mots, ou plus assourdissant lorsque les idées s'entrechoquent et ne laissent aucun répit avec tous ces sentiments contradictoires qui s'entremêlent. Nous étions tous les deux chacun de notre côté à faire le point sur ce qui s'était passé.

Impossible de parler de toi durant tous ces jours sans pleurer, les conseils de prendre du recul pour me préserver n'ont pu être appliqué, chaque nouveau jour je ne pensais qu'à te retrouver, comme pour rattraper ces heures sombres qui nous avaient séparés. Nous avons beaucoup parlé, tu t'es bien intégré dans le service après un début cahotique, compréhensible à la pensée de te retrouver enfermé, la patience était nécessaire et tu n'avais pas le choix. Toutes ces journées face à toi même auront été propices à la connaissance de ton propre soi où le subconscient s'organise pour te jeter après dans ta vie extérieure. Peut être ne te sens-tu pas assez fort pour garder ton équilibre face à ces évènements, je te comprends et nous sommes là avec l'équipe soignante pour t'aider. Tes amis, nos amis se sont ligués pour faire autour de toi une ronde protectrice, tu n'étais plus seul, l'énergie était palpable et la lueur de joie dans tes yeux était notre plus belle récompense.

Un matin, la douceur de l'aube ma projetée à la fenêtre, l'air m'a effleuré, les étoiles s'éteignaient une a une et la mélodie des oiseaux s'envolait comme pour célébrer le lever du jour, harmonie parfaite des  éléments où des bouffées de joie sont monté en moi, s'il faut tomber pour se relever et se relever pour retomber, n'est-ce pas là le lot des hommes, je serai toujours près de toi, mon coeur posé sur ton coeur.

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Par lesailesfracassees
Le 25 mars, 2009
A 0:50
Commentaires : 10